DÉTHIÉ NDIAYE, AUTEUR DU LIVRE, «NDONGO LÔ LA FACE CACHÉE» «Ndongo Lô a été atteint mystiquement»

16 mai 2017
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Doctorant en relations internationales au Centre d’études diplomatiques stratégiques de Paris, banquier dans une filiale française installée à Dakar avec une quinzaine d’années d’expériences dans le domaine, Déthié Ndiaye s’est fait un devoir de rendre un vibrant hommage à Feu Ndongo Lô, artiste multidimensionnel. La vie du chanteur est retracée dans «Ndongo Lô, la face cachée» avec des anecdotes et vécus qui font rire et pleurer à la fois. Tous les pans de sa vie sont mis à nu par l’auteur, avec des témoignages pathétiques à l’appui.

 

Par Rokhaya Nar DIOP (actunet.sn)

 

Qu’est-ce qui vous a motivé à écrire ce livre ?

 

D’abord nous faisons partie de la même génération et nous partageons aussi le concept de la «pikinité» qui est une valorisation de notre terroir (Pikine), une estime de soi. Ce concept a été prôné par Omar Joe Mbaye dans le passé, puis Mohamed Ndao Tyson et ensuite feu Ndongo Lô qui a su fédérer avec ce leitmotiv. L’envergure du mot «pikinité» a connu son envol grâce au chanteur, car avec Tyson, beaucoup ne s’identifiait pas à lui. L’autre motivation, c’est qu’il n’a pas pu avoir l’hommage qu’il méritait ; et avec le temps les gens commencent à l’oublier. Pour ne pas arriver à l’oubli, j’ai décidé de lui rendre hommage pour ne pas que son œuvre s’effrite. J’ai eu l’idée d’écrire un livre sur lui le lendemain de sa mort, mais je n’avais pas les prédispositions à le faire, car ma formation professionnelle n’était pas encore terminée.

 

Quel est l’objectif du livre ?

 

C’est de fédérer tous ceux qui tournaient autour de Ndongo Lô. Beaucoup l’ont essayé, mais cela n’a pas marché. Pour ce faire, j’en ai parlé d’abord à Djily Niang, l’ex manager de Ndongo Lô, ensuite au père de l’artiste qui, dans la foulée, m’a donné sa bénédiction, chose qu’il a refusé à plusieurs personnes, soit pour des interviews ou des émissions télés. L’égard que le père de Ndongo Lô a eu envers moi m’a donné plus de courage pour écrire. En plus, une partie des recettes sera redistribuée à sa fille orpheline. Il faut noter aussi que je suis en phase avec sa famille. Je le fais de façon désintéressée, je n’attends rien en retour, c’est juste pour aider sa fille et que l’œuvre du défunt soit pérenne.

 

Quelles sont les relations que vous entreteniez avec le défunt ?

 

Nous n’avions pas de relations particulières. Je l’ai connu à travers une de ses fan’s, Mounass Diaby, qui est une amie à moi. Il venait lui rendre visite souvent. En cette période, j’étais étudiant mais j’allais dans ses soirées au Ravin : j’étais devenu fan de lui. Naquit ensuite de l’amour et de l’estime pour l’artiste.

 

«La face cachée de Ndongo Lô», ça parle de quoi ?

 

C’est la trajectoire de l’artiste depuis sa naissance jusqu’à son décès en résumé. On a revisité ses origines, ses premiers pas dans la musique, dans le jeu de faux lion, des débuts de sa carrière musicale et des difficultés qu’il a rencontrées dans le showbiz, etc. Pour ce faire, j’ai rencontré tout son staff, des membres de sa famille et de ses proches pour les témoignages. Des rencontres fructueuses qui ont permis au livre d’avoir une âme. Chaque étape de sa vie est mise à nu, surtout ses derniers moments.

 

Quels sont les difficultés qu’il a rencontrées et dont vous faites cas dans le livre ?

 

Beaucoup de personnes qui parlent de ses souffrances n’ont pas la bonne information. Ce qu’ils retiennent de lui est contraire à la réalité, surtout concernant son histoire avec son père qu’on dit qu’il l’avait renié. Son père fait partie d’une famille religieuse, il ne connaît que les chants religieux, notamment les khassaïdes. Le Mbalakh ne lui parlait pas et il n’a jamais voulu que son fils s’y adonne, et il l’a fait clairement savoir à ce dernier. Un choix s’imposait : Ndongo Lô devrait faire des chants religieux ou, au cas contraire, mettre un terme à leur relation. Les gens interprètent leur différend comme une aversion du père à son encontre. Seule leur option diffère. Il a galéré par la suite, il est était en quête de pitance et de gîte, et ce sont de bonnes volontés qui l’aidaient à survivre. Il a souffert le martyr par ce rejet, et même sa mère en a souffert, car voyant son enfant marginalisé. Mais, à force d’abnégation, il a réussi et s’est imposé. Sa réussite était pour sa mère, mais aussi les autres membres de sa famille ! Il était généreux. Mais avant la mort de son père, ils ont fumé le calumet de la paix. Quand son père était malade, c’est Ndongo, à son insu, qui se chargeait des frais d’hospitalisation et lui a fait don de son sang, puisqu’ils avaient le même groupe sanguin. Quand son père l’a su, il était ému et a pleuré.

 

Avec les confidences que vous faites sur son père, n’a t-il pas eu des regrets ?

 

Pas du tout, et si c’était à refaire, il le referait. C’était sa conviction que son fils devrait faire des chants religieux. Mais, à un moment donné, il lui a donné sa bénédiction. Son père lui a aussi intimé l’ordre de chanter le prophète (Psl) et les hommes religieux. Son choix n’était pas par méchanceté, mais pour suivre les recommandations de la religion. Il croyait que son fils devait être en phase avec la religion.

 

Comment sa famille a accueilli le livre puisque vous y abordez sa maladie ? Ne risquez-vous pas de réveiller de vieilles cicatrices ?

 

Sur 75 ou 80% des interviewés, à un moment de l’entretien ont craqué et fondu. Ils ont été présents dans les moments de douleurs et s’ils s’en souviennent, ils versent des larmes. Sa maladie a été des moments pénibles, et on peut le scinder en deux phases où la médecine moderne et celle traditionnelle étaient nécessaires. Mais en réalité, sa maladie relevait plus du côté mystique que sanitaire. Il avait fait des radios, mais les médecins n’ont rien vu. Pour anecdote, un jour, quand il était sur scène, il voyait des herbes autour de lui comme s’il était dans une forêt… Un tradipraticien avait confié à Baboye sa mort dans un mois, et 26 jours plus tard il rendit l’âme… Ndongo Lô était atteint mystiquement. Il avait compris qu’il ne lui restait plus de temps à vivre, mais il faisait semblant et réconfortait les gens à son sujet, mais les gens avaient compris.

 

Le Sénégalais est pudique par essence, pourquoi avoir choisi d’exposer les moments intimes d’un malade dans ses derniers moments ?

 

Ce n’est que dans un chapitre où sa femme explique. Selon elle, Ndongo Lô a prononcé la Chaada : «La illaha ila allah» avant de s’éteindre. Elle a aussi raconté que son mari avait commandé une tenue, mais finalement, il a opté pour une tenue de couleur blanche et dépourvue de broderie. Il demandait aussi à ce qu’on lui immole un veau blanc en guise d’offrande. Il n’était pas encore en agonie, mais, il savait qu’il allait quitter ce bas monde et faisait ses dernières recommandations. Pourtant, j’ai beaucoup censuré pour ne pas heurter la conscience collective.

 

Il se susurre que beaucoup de ses proches lui ont tourné le dos, qu’en est-il de cette ingratitude ?

 

Ce phénomène n’a pas commencé avec Ndongo Lô, mais c’est le Sénégalais qui est comme ça. J’ai eu écho de cela. Mais quand je vais à la rencontre de certains, les appréhensions que j’avais se dissipent une fois qu’on parle. Je ne me fie qu’à ce que les gens me montrent et les relations que j’entretienne avec lui. Franchement, je ne voyais que le contraire de ce que les gens racontent sur certains de ses proches. Donc, je ne peux jeter l’anathème sur eux. Durant les 3 ans qu’on a cheminé ensemble, beaucoup de ses amis m’ont aidé pour la réalisation et la vente du livre. Je ne peux critiquer personne, mais je lance un appel à tous en faveur de la tournée internationale pour la promotion du livre qui aura lieu après le Ramadan ainsi que la cérémonie de dédicace. Beaucoup d’activités auront lieu pour la promotion du livre également.

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