NDIORO NDIAYE « Impossible de reconcilier Tanor à Khalifa » !

10 mai 2017
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Dans cet entretien qu’elle nous a accordé, l’ancien ministre de Diouf, ex-Dg de l’Oim, par ailleurs ministre conseiller de Macky Sall, livre ses états d’âme sur la nouvelle pratique politique en cours, en passant par la crise dans son ex-parti et la difficulté à trouver des clés pour la question de la migration.

Pourquoi la question de l’émigration peine à trouver des solutions concrètes ? La migration est complexe, difficile à gérer parce que sa gestion demande que l’on respecte une intersectorialité et une multidisciplinarité absolument nécessaire si on ne veut pas exclure un pan de la gestion de la migration. Je veux dire par là qu’on ne peut pas penser gérer la migration en nous occupant que de la Diaspora. Si c’est le cas du Sénégal, ce n’est pas seulement les Sé- négalais de l’extérieur qui constituent la gestion de la migration. Pour autant, existe-t-il des solutions ? Il y a dessolutions. Mais, encore faut-il que l’on puisse les mettre sur la table, pour faire un choix par mille et une solutions possi- bles. Choisir celle qui correspond le mieux à nos intérêts du mo- ment, qui lèse moins l’État du Sénégal, les populations du Sé- négal et celles qui prennent en compte les intérêts des pays hôtes. Ils’ajoute à tout ce tableau très complexe où interviennent non seulement des populations, mais aussi des communautés de base, des passeurs, destrafiquants d’êtres humains, des personnes qui ont déjà franchi le Rubicon et qui font miroiter à ceux qui sont restés de ce côté-ci un El- dorado qui n’existe nulle part. Quel est le devoir de l’État dans une telle si- tuation ? Si on veut parler du Sénégal, son devoir premier, c’est de savoir dans quel pays ou continent sont ses enfants, combien sontils, quelssont les profils et comment à partir du Sénégal on peut créer une structure de travail, de concertation et d’analyse de tous ces phénomènes-là pour faire des propositions de solutions. À cela, il y a un impératif de création de compétence ici, pour que par exemple, la gestion des frontières et des retours soit mieux maîtrisée et mieux négociée. Pour qu’une fois de retour, on puisse réinstaller, accompa- gner, encadrer et réinjecter cette force de travail dans le tissu économique social du pays. C’est ce que le gouvernement essaie de faire tant bien que mal. L’autre devoir, c’est de dire aux Séné- galais que dès l’instant qu’on n’a pas eu l’autorisation de sortir du pays, l’intervention de l’État en cas d’ennuis ne doit pas être systématique, même s’il peut faire un geste pour une question humanitaire. Ce n’est pas normal qu’à chaque fois, c’est à travers radios et télévision qu’on dicte à l’État ce qu’il ya lieu de faire alors qu’il n’était pas au cours de leur départ. Dès l’instant qu’on part de soi-même, on devrait assumer son aventure, si tenté que ç’en est une. En tant qu’enseignante, quelle appréciation faites-vous des réformes entamées au niveau de l’Enseignement supé- rieur ? Moi, je suis très optimiste et très confiante dans les réformes structurelles et de programmes que le ministre MaryTeuw Niane est en train d’initier. Si vous voyez la cartographie des universités et des écoles de formations supérieures entre 2015 et 2017 déjà, elle a bien changé. Mais entre maintenant et 2019, c’est vraiment le jour et la nuit. D’abord parce qu’il y a une vision très claire de ce qu’il faut pour que les jeunes, de là où ils sont natifs, puissent trouver les sources de connaissances dont ils ont besoin pour être bien formés, bien éduqués et trouver du travail à leur mesure. Ce qu’il faut, et ce vers quoi il faut aller, c’est que les plus méritants aillent à l’université. On n’a jamais vu un pays où tous les bacheliers vont à l’université et où tous les bacheliers sont boursiers de l’État. Ça aussi c’est un problème à régler. La bourse se mérite. On a près de cent mille jeunes par an qui tapent à la porte de l’université. Mais, de cesjeunes- là, pour ce qui est de 2015 et 2016, ce qu’on sait, c’est 28% seulement de cette masse qui a pu aller à l’université. Il faut encadrer et engouffrer le reste de ces jeunes et forces vives potentielles dans des filières de formation qui leur apportent une capacité de travail, de production, pour améliorer notre tissu éco- nomique et social. Quel est le meilleur sou- venir de votre passage au gouvernement de Diouf ? Ce sont mes grands combats pour lesfemmes d’abord, ensuite pour les groupements de promotion féminine, leur formation, leur formatage en groupement d’intérêt économique dans une pyramide extraordinaire de forces vives et féminines du pays, sur qui repose une bonne frange des secteurs de production, notam- ment agricole, du pays. Ce qui nous a manqué, c’est peut-être d’avoir un peu plus de temps pour également faire germer des cadresintermédiaires, des cadres supérieurs, des managers dans l’élan que nous avions. Mais, le fait que nous ayions réussi au moins cela, ça me convient et je suis très fière. La 2e chose, c’est la manière dont on a quitté ; on a fait une mutation, une translation très douce de la femme politique pure de parti au profit de la femme qui cumule les deux, qui est une technicienne du dé- veloppement et qui est aussi une militante avérée d’un parti poli- tique. Quel que soit le parti. Moi, j’ai été du Ps et malheu- reusement je ne milite plus. Mais, je sais qu’on a beaucoup fait dans le temps. Une autre chose qui m’a plu c’est l’inter- national. On a ouvert les portes de ce département ministériel à la compétition de nos pro- grammes avec les programmes mondiaux. C’est aussi les pro- grammes de l’enfance avec le fameux sommet de l’enfance où on a, pour la 1ère fois, eu le rachat de la dette du Sénégal par un pays développé, en l’oc- currence les Pays-Bas. C’était des centaines de milliers de francs que nous avons pu récu- pérer pour les programmes de l’enfance au Sénégal. La question de la Mauritanie et du Sénégal, c’était mon dossier également. Très pénible, très difficile, in- terminable pour moi.Je me sou- viens, le Président Taya m’avait dit à l’époque que c’est grâce à moi que la vallée n’a pasflambé. Donc, vous voyez à quel point nous étions impliqués. Ce sont des moments très forts que j’ai vécus. Et puis, d’autres que vous verrez dansle livre que je m’apprête à sortir. Est-ce que ces acquis sont bien maintenus ? Je crois qu’il y en a beaucoup qui sont maintenus. Regardez la quinzaine de la femme. Il y a aussi le grand prix du chef de l’État pour la promotion de la femme et le gala de l’enfance. J’espère qu’on y reviendra parce que c’est une cure de jouvence qu’on offrait à toutes les per- sonnes du gouvernement et en particulier au chef de l’État. Celui que nous avons maintenant, a la chance d’être plus jeune que le Président Diouf. Mais, je me souviens de son exclamation quand il a assisté au gala de l’enfance en 1991. Il disait : je viens de faire une véritable cure de jouvence. Ça se comprenait. Je ne sais pas si le Président Sall dira la même chose. Il est beaucoup plusjeune et plus près desjeunes de maintenant. Mais, je souhaite que le ministre en charge des programmes des femmes n’oublie pas cette frange-là. Ce n’est passeulement les talibés que l’on ramasse qui méritent l’attention au ministère de la Femme, de l’enfant et de la famille. Quelle lecture faites-vous de l’avancée de la démo- cratie de 2000 à nos jours ? On a beaucoup avancé quoi qu’on puisse dire. La démocratie, c’est d’abord un haut lieu de ci- visme.C’est ce qui nous manque, peut-être en ce moment. Le ci- visme, l’éducation à la vie ci- vique manque énormément et à l’ensemble de la population, aux jeunes comme aux moinsjeunes, surtout à ceux qui font de la po- litique. J’ai assisté à des vies politiques tellement élégantes, tellement enthousiastes, tellement poignantes que j’avoue que je ne me reconnais pas dans ce que je vois en ce moment ici. Je pense que les écoles de partis ont aussi failli. Parce qu’elles faisaient des formations et pas seulement des universités d’été. Nous avions mille et une occasion pour nous retremper dans ce qui est notre doctrine, de ce que sont nos valeurs, la manière de développer et d’argumenter ce en quoi on croyait. Je crois qu’il n’y a pas trop d’envie à faire une tendance pareille et c’est dommage. C’est pourquoi, la vie politique de parti ne m’intéresse plus en tant que tel. Je pense avoir fait ce que je devais faire. Que faites-vous concrète- ment en direction des élections législatives ? Pour les élections qui arrivent, nous attendons que les gens soient investis poursélectionner les femmes qui ont le plus de chance d’être à l’hémicycle pour les aider à préparer leur campagne électorale. À travers l’argumentation du programme auquel elles croient et qu’elles vont pouvoir défendre et pour lequel elles vont rendre compte aux personnes qui leur ont fait confiance pendant le vote. Je crois qu’on va avoir une grande différence dansles chiffres pour ceux qui vont voter. Parce que ce ne sont pas seulement des membres des partis ; il y a des gens à la périphérie des partis qui vont voter. Et c’est pour ceux-là que je travaille. Pour leur dire d’aller voter selon leur choix. Quelle lecture faites-vous de la violence dans le champ politique ? Je ne vois pas la nécessité de la violence physique ou verbale. Parce que ça n’apporte aucune plus-value dans ce que ces per- sonnes vont recevoir. Sinon avoir une image de quelqu’un qui a l’insulte à la bouche et qui a le verbe difficile. Je pense que les personnes doivent faire un choix. Comment vivez-vous du dehors la crise actuelle au Ps ? C’est très pénible. Je pense que le clash entre Tanor et Khalifa est le produit pur de comment le Ps a été géré post-Abdou Diouf. Les méthodes de Diouf ne sont pas celles d’Ousmane Tanor Dieng. Mais, les gens sont libres. On ne va attacher personne pour l’obliger à rester avec Ousmane Tanor Dieng. Cette situation était inéluctable. Parce que c’est deux béliers d’une même génération avec desformations différentes. L’un qui a mouillé sa chemise, qui a fait la base et qui est allé jusqu’au sommet. Khalifa Sall et Pape Babacar Mbaye sont deux icônes du socialisme jeune dans notre pays. Maintenant, je doute fort qu’ils puissent se réconcilier. Parce que chacun a sa trajectoire et son destin qu’il est décidé à vivre ce jusqu’au bout. Et dans ce cas, c’est le Ps qui perd alors… Mais, oui ! Je ne vois personne dans cet entourage qui soit capable de dire à Tanor Dieng ou à Khalifa de changer de dé- marche parce que ce qu’ils font n’est pas bon. Personne n’en a l’autorité et le leadership.

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